• La consommation de viande de brousse

    Le commerce de la viande de brousse

    Que se passe-t-il ?

    Chasser des espèces sauvages pour leur viande n'est pas quelque chose de nouveau. Cela a été une source primaire de protéines pour les gens vivant dans les régions forestières des pays d'Afrique Noire depuis plus de 40.000 ans. Cette viande est appelée viande de brousse car elle provient d'animaux qui vivent dans une région qui est appelée "la brousse"(4). Dans la plupart des régions, la chasse n'est plus supportable pour bien des animaux sauvages et plus spécialement les grands singes d'Afrique, mais également des espèces plus communes telles que le cephalophe bleu et d'autres petits mammifères, qui souffrent d'un dramatique déclin. Ceci parce que ces dernières décennies, il y a eu une demande croissante pour la viande d'animaux sauvages. Dans certaines régions d'Afrique, les éléphants sont plus chassés pour leur viande que pour leurs défenses en ivoire.

    De nos jours, ce ne sont plus seulement les populations locales qui chassent pour avoir de la viande de brousse, qui est pour eux "sans frais", mais c'est devenu une affaire commerciale qui permet l'approvisionnement vers de plus grandes villes, des régions proches, voir même vers d'autres continents. On estime, selon certaines statistiques, que les braconniers prennent approximativement dix fois plus de viande de brousse que ne le font les chasseurs locaux. A peu près tous les regroupements de populations humaines en Afrique de l'Ouest ont leurs marchés de viande de brousse(5).

    La communauté internationale a découvert ce commerce lorsqu'elle a trouvé sur les marchés, des bébés gorille et des jeunes animaux d'autres espèces de singes apparaissant, invendus comme animaux de compagnie, mais permettant une source supplémentaire de revenu dans le commerce de la viande.

    Le commerce de la viande de brousse atteint un niveau critique et une action immédiate est importante !

    Les causes

    La croissance explosive du commerce de viande de brousse est principalement due à deux causes liées : l'industrie forestière et la corruption (2). Alors que les prix du cacao et du café ont baissé, le prix du bois a augmenté (2). Afin d'extraire le bois des concessions forestières, les compagnies ont crée des routes qui pénètrent profondément dans les forêts et qui donnent un accès facile aux chasseurs (1). En fait, n'importe qui peut chasser n'importe où (4). Les engins forestiers sont également utilisés pour le transport de la viande. Mais la plupart des compagnies forestières démentent leur participation à cette crise. Toutefois dans les concessions forestières elles-mêmes, la viande de brousse est consommée à cause du grand nombre d'employés.

    Dans les pays concernés la volonté politique n'est pas assez puissante pour arrêter la chasse; il n'y a eu aucune action dans ce sens jusqu'à ce jour. A un niveau local, les chasseurs obtiennent les armes et les munitions de l'armée ou de la police (2). Il y a certaines portions de routes ou la police peut confisquer la viande, mais elle laisse passer tout le monde pour quelques dollars de "bakchich". De plus, même les autorités publiques servent à manger de la viande de brousse afin d'asseoir un certain statut social.

    Une autre cause est l'urbanisation (1). De plus en plus de personnes vont vivre dans les villes, mais continuent à manger de la viande de brousse. Ils l'achètent sur les marchés grâce aux trafiquants de viande. La consommation de viande de brousse est préférée à celle de la viande domestique de par sa valeur culturelle. De plus, les animaux sont souvent abattus afin de contrôler les ravages qu'ils peuvent faire aux cultures.

    Beaucoup de gens profitent économiquement du commerce : les trafiquants, les transporteurs, les vendeurs de marchés et leurs familles. Tous leurs revenus seraient amoindris si des lois contre ce commerce étaient appliquées strictement.

    Dans un tel climat, il est compréhensible qu'il n'y ait qu'un succès limité à combattre le problème de la chasse à but commercial (3).

    Les conséquences

    En plus de la perte des habitats, la chasse commerciale est devenue la menace la plus directe pour l'avenir de la faune sauvage, et des écosystèmes. La perte de la faune sauvage signifie également la perte de la dispersion des graines par les animaux qui jouent un rôle clé dans la dissémination de nouvelles plantes (4). Cela signifie une perte de la biodiversité, et est déjà à l'origine, par exemple, de l'extinction du Colobe de Miss Waldron (4). Les régions qui posent problème sont le Cameroun, Congo (Brazzaville), la République Centrafricaine, le Gabon, la Guinée Equatoriale et la République Démocratique du Congo (anciennement Zaïre) (3). Les populations locales en particulier perdent les ressources de la faune sauvage, et la forêt de laquelle ils ont été dépendants pendant des siècles. Les chasseurs eux-mêmes vont se retrouver face à de graves problèmes à l'avenir, lorsqu'ils auront éliminé des populations animales entières. Il y a déjà des camps de chasse fermés dû au manque de faune sauvage.

    Lorsqu'un animal est porteur d'un agent pathogène, comme le virus Ebola, il y a de grandes chances que les hommes qui aient touché ou mangé cet animal soient contaminés. Récemment il a été montré un lien possible entre chimpanzés et virus HIV (certains chimpanzés sont infectés et ne sont pas malades). Si les chimpanzés disparaissent, des informations importantes pour lutter contre le SIDA pourraient aussi être perdues.

    Tout ceci entraînera sans aucun doute, des effets globaux irréversibles.

    Des solutions

    Il est clair que quelque chose doit être fait pour stopper ce commerce.

    Par exemple, les dirigeants des pays d'Afrique Noire devraient avoir la volonté politique de le combattre et d'exiger lors de la création de nouvelles concessions forestières, la nécessité d'une utilisation rationnelle de la faune, tout en donnant les moyens d'y parvenir (3).

    Plusieurs organismes de protection des animaux se sont déjà engagés dans ce combat.

    EAZA considère aussi que la crise de la viande de brousse est la menace la plus immédiate pour la faune. C'est pourquoi un groupe de travail a été crée à Bâle le 12 septembre 1999, et qu'une délibération internationale a essayé de définir ce que les zoos devraient faire dans cette lutte. Vous avez le résultat de ces travaux ici : une campagne de sensibilisation, une récolte de fonds et une pétition.

    Nous espérons que tous les zoos  membres de l'EAZA participeront.

    Références

    1. Bowen-Jones, E., 1998, The African Bushmeat Trade - A Recipe For Extinction, Ape Alliance, Cambridge, UK.
    2. McNeil, D.G., May 1999, Afscheid van de gorilla?, Reader's Digest Het Beste, mei'99, p. 127-131.
    3. Ed.Ammann, K., Pearce, J. and Williams, J., March 2000, Bushmeat, Africa's conservation crisis, WSPA, London, UK.
    4. The bushmeat crisis (fact sheets), April 2000, Bushmeat Crisis Task Force, Silver Spring, MD-USA.
    5. Carroll, B., 2000, The bushmeat trade as a threat to wildlife, EAZA News, April-May-June 2000, p.18-19.

    Traduit par :
    Liliane MONTJARDET/ Pierre MOISSON
    Parc Zoologique et Botanique de la Ville de Mulhouse
    Mars 2001.




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